
Les émotions participent directement à notre manière de percevoir ce que nous vivons, d’y réagir et d’entrer en relation avec les autres.
Certaines personnes ont du mal à identifier ce qu’elles ressentent ou à faire face à des émotions intenses. D’autres, au contraire, ont le sentiment de ne plus rien ressentir. Ces difficultés s’inscrivent souvent dans une histoire personnelle et relationnelle qui a influencé la manière dont les émotions ont été accueillies, exprimées ou retenues.
Sommaire
- Les émotions : quelle utilité ?
- Comment se manifestent les émotions ?
- La construction de la vie émotionnelle
- Se couper des émotions
- Comment exprimer ses émotions ?
- Le travail en Dynamique Émotionnelle
- Pour aller plus loin
- Prendre rendez-vous
Les émotions : quelle utilité ?
Les émotions parlent de ce que nous vivons. Elles orientent notre manière de réagir aux situations, aux rencontres, aux pertes, aux menaces ou à ce qui nous procure de la satisfaction. Elles influencent notre perception, nos associations et nos souvenirs et participent à l’organisation de notre expérience.
Elles participent à l’organisation de notre expérience. Les événements sont associés à des sensations, des souvenirs, des représentations et des attentes. L’émotion contribue ainsi à inscrire ce que nous vivons dans notre histoire et à lui donner une valeur particulière.
Les émotions ont également une fonction relationnelle. Elles nous permettent de percevoir l’état affectif d’une personne et de lui faire percevoir le nôtre. Un état émotionnel se communique par la voix, le regard, les expressions du visage, les attitudes et les réactions corporelles.
Lorsqu’une personne est coupée de ses propres éprouvés, il lui devient également plus difficile de reconnaître les états émotionnels d’autrui. Cette difficulté affecte la capacité d’empathie et la qualité du lien avec l’autre.
Les émotions participent enfin à l’adaptation en mobilisant l’organisme et en orientant l’action : se rapprocher, se protéger, s’opposer, se retirer ou rechercher du soutien.
Lorsqu’une émotion est coupée, retenue ou empêchée, cette dynamique est entravée et le fonctionnement psychique s’en trouve modifié.
Comment se manifestent les émotions ?
L’émotion ne se limite pas à un ressenti intérieur. Elle se manifeste dans le corps, dans les pensées et dans les comportements, et cherche une voie d’expression vers l’extérieur. Elle prend forme dans la relation à travers la voix, les mouvements, les attitudes et les réactions corporelles.
Le corps
L’affect s’exprime dans le corps. Il se manifeste à travers des modifications physiologiques : le rythme cardiaque s’accélère, la respiration change, les muscles se contractent ou se relâchent. Des sensations apparaissent : boule dans la gorge, nœud à l’estomac, oppression, chaleur, tremblements, tension ou fatigue.
Le corps est ainsi le premier lieu d’expression de l’expérience affective. Ces manifestations peuvent apparaître avant même que l’émotion soit identifiée et mise en mots.
Les pensées
L’émotion influence notre manière de percevoir, d’interpréter et de penser ce que nous vivons. Elle oriente notre attention, nos associations et les souvenirs qui nous reviennent.
Être davantage en contact avec ses émotions permet de mieux percevoir ce qui nous convient, ce qui nous met en difficulté et ce dont nous avons besoin. Cette proximité avec notre vécu émotionnel participe à nos choix et à nos décisions.
Le comportement
L’émotion oriente également nos comportements. Elle nous pousse à nous rapprocher, à nous éloigner, à nous défendre, à nous opposer, à rechercher du soutien ou à nous protéger.
Lorsque l’émotion est difficile à reconnaître ou à exprimer, le comportement devient parfois le moyen par lequel elle se manifeste. Une personne s’isole sans identifier sa tristesse, devient agressive sans reconnaître sa colère ou multiplie les comportements d’évitement sans identifier la peur qui les sous-tend.
La construction de la vie émotionnelle
Apprentissages précoces
Dès les premiers âges de la vie, le développement émotionnel se construit progressivement dans la relation avec l’environnement. Au cours des premières semaines, le nourrisson est ponctuellement confronté à des états de faim, de soif, de froid, de chaleur, de frustration ou de séparation. Un biberon qui tarde à venir, une attente avant d’être pris dans les bras, une chaleur excessive ou un environnement trop stimulant peuvent provoquer en lui des manifestations affectives d’une grande intensité.
Le nourrisson ne peut encore ni élaborer ni conscientiser ce qu’il éprouve. Son corps est le siège de colères, de rages et de réactions dont l’intensité peut devenir elle-même effrayante, voire terrorisante. Il a besoin qu’un autre reçoive, accueille, contienne et transforme ce qu’il éprouve, afin qu’il puisse progressivement intégrer ces vécus à sa vie psychique.
Lorsque cette intégration fait défaut, certains vécus restent à l’état brut. Le clivage et la mise à distance de la vie émotionnelle peuvent alors se mettre en place comme protection face à des éprouvés vécus comme insupportables.
Au cours de la petite enfance, les expériences émotionnelles se différencient progressivement et s’intègrent à la vie psychique. La manière dont l’enfant est accompagné dans ses peurs, ses colères, ses frustrations et ses séparations participe à cette construction.
Se couper des émotions
Lorsque certains événements ont été trop douloureux et n’ont pas pu être élaborés, ils laissent une trace émotionnelle qui reste active longtemps après les faits. Plus tard, une situation présente peut alors réactiver les émotions liées à l’expérience passée.
Les émotions sont atemporelles : une émotion non élaborée reste vivante et agit au présent comme au premier jour.
Lorsque certains éprouvés deviennent trop douloureux ou trop intenses, des mécanismes de protection se mettent en place : clivage, évitement, inhibition ou mise à distance du ressenti. La personne se coupe alors de certaines de ses émotions pour se protéger de ce qui est trop difficile à éprouver.
Cette coupure se traduit par une difficulté à identifier ses ressentis, un sentiment de vide, une impression d’insensibilité ou des manifestations corporelles importantes. Le corps reste ainsi le lieu où s’expriment des éprouvés qui n’ont pas trouvé de voie d’expression psychique. Lorsque ces manifestations se prolongent, elles peuvent participer à l’apparition ou à l’aggravation de certains troubles somatiques.
Les difficultés émotionnelles peuvent également s’exprimer par de l’anxiété, de l’irritabilité, de la tristesse, des réactions émotionnelles très intenses qui perdurent ou une difficulté à exprimer ce que l’on ressent.
Comment exprimer ses émotions ?
Exprimer ses émotions ne consiste pas seulement à les identifier ou à mettre des mots dessus. Il s’agit d’un véritable contact avec le ressenti, et avec soi.
Lorsque l’émotion a été longtemps retenue, contrôlée ou évitée, la sentir peut être déstabilisant, voire angoissant. En thérapie émotionnelle, nous accompagnons les personnes dans une redécouverte progressive de leurs affects, au rythme de ce qu’elles sont en mesure d’éprouver.
Le travail en Dynamique Émotionnelle
Le travail en Dynamique Émotionnelle se construit dans l’intersubjectivité, dans une relation humaine, de personne à personne, où l’expérience de chacun se transforme avec l’autre, au rythme du patient. Le thérapeute accueille ce qui se manifeste, accompagne la personne dans son vécu et offre un cadre suffisamment sécurisant pour que les émotions trouvent progressivement une voie d’expression.
En séance individuelle, cette dynamique se déploie dans la relation entre le thérapeute et le patient. Dans le groupe, elle s’étend à l’ensemble des participants : entre le thérapeute et les patients, mais aussi entre les patients eux-mêmes. Les émotions circulent, se répondent et résonnent d’une personne à l’autre.
Cette dimension relationnelle rejoint les travaux de Winnicott et de Bion. Winnicott a montré l’importance de l’étayage et du holding dans les premières relations. L’enfant construit sa sécurité psychique à partir de la manière dont son environnement accueille ses expériences et répond à ses besoins.
Bion approfondit cette question avec la notion de fonction alpha. Le jeune enfant éprouve des sensations et des émotions qu’il ne peut pas encore élaborer seul. L’autre reçoit ces éprouvés, les contient et les transforme. Les expériences émotionnelles brutes deviennent progressivement représentables et peuvent alors être pensées.
Pour René Roussillon, la construction de l’altérité s’inscrit dans les premières expériences intersubjectives : la rencontre avec l’autre participe à la construction du sujet et à la reconnaissance progressive de l’autre comme un autre sujet.
C’est dans cette dimension relationnelle que s’inscrit le travail en Dynamique Émotionnelle. L’expression émotionnelle permet à la personne de retrouver progressivement un accès à ses ressentis, de les éprouver dans la relation et de leur donner une voie d’expression. Au fil du travail, elle développe une capacité plus grande à se reconnecter à sa vie émotionnelle, à reconnaître ce qu’elle ressent et à l’exprimer.
Dans le groupe, cette expérience prend une dimension particulièrement riche. Ce qu’une personne exprime peut résonner chez une autre et l’amener à entrer en contact avec des souvenirs, des affects et des émotions de sa propre histoire. Ces résonances permettent l’accès à des pans affectifs « oubliés » de son propre vécu et ouvrent une voie vers la libération émotionnelle.
Pour aller plus loin
- Pourquoi certaines émotions restent bloquées ?
- Pourquoi je n’arrive pas à exprimer ma colère ?
- Pourquoi je pleure sans raison ?
- Qu’est-ce qu’une émotion refoulée ?
- Pourquoi je culpabilise tout le temps ?
Conclusion
Les émotions donnent du sens à ce que nous vivons, orientent nos réactions et participent à nos relations.
Lorsqu’une émotion ne trouve pas de voie d’expression, elle continue de s’inscrire dans le corps, les pensées, les comportements et les relations.
Mettre en mots ce qui se joue ne suffit pas toujours à transformer ce qui se répète. Le travail thérapeutique va plus loin lorsqu’il permet de retrouver le contact avec l’expérience affective, émotionnelle et son expression.
Lucie Arnulf
Thérapeute en Dynamique Émotionnelle
Mail : conscience.emotionnelle@gmail.com
Réservation possible via Calendly et/ou par téléphone 06 12 33 13 39