Thérapie émotionnelle

Dynamique Emotionnelle Exprimée, thérapie de groupe et individuelle – Paris, Lyon

Relaxation et néocatharsis ou Ferenczi ou Qu’est ce que le transfert ?

« Je suis conscient naturellement que cette double attitude de frustration et de laisser-faire impose à l’analyste lui-même un contrôle accru de son contre-transfert et de sa contre-résistance. » Ferenczi marque ainsi l’importance de la notion de transfert/contre transfert dans son œuvre « Principe de relaxation et néocatharsis.

Alors que Freud les comprendra au début de ses théorisations comme des résistances « affectives qui se manifestaient dans la relation analytique » Ferenczi décrira ce transfert et son maniement comme non seulement inévitables mais nécessaires pour comprendre les affects du patient et rejettera l’idée de résistance (qui) servirait à l’analyste à cacher ses propres complexes. Si pour Freud «  le médecin doit demeurer impénétrable et, à la manière d’un miroir, ne faire que refléter ce qu’on lui montre, Ferenczi, lui, se refuse à ce qu’il appelle l’hypocrisie de l’analyste ».

Qu’est ce que le transfert ?

Francis Pasche, psychanalyste, le définit comme « la reviviscence de désirs, d’affects, de sentiments éprouvés envers les parents dans la prime enfance, et adressés cette fois à un nouvel objet, et non justifiés par l’être et le comportement de celui-ci. » Ce dernier point qui m’interpelle et qui m’amène à en venir à l’intérêt que je porte aux notions, positions dirais-je, de transfert/contre-transfert, en partie à l’encontre de cette définition.

Tout au long de ses texte, Ferenczi parle d’un amour véritable à mettre au service du patient : c’est là, pour moi, que prend sens toute la notion de contre-transfert : « réaction de l’analyste en réponse aux affects que provoquent chez lui l’analysé et la situation analytique », définition certes adaptée mais me semble extensible à d’autres positions. Le contre transfert amène le thérapeute à comprendre ce qui se passe pour lui, à  ne pas projeter sur le patient ses propres limites et névroses … certainement … mais il lui permet également, selon moi, de dévoiler et de s’autoriser ses propres sentiments.

Si l’amour dont parle Ferenczi entre en jeu dans la cure, ce qui parait inévitable, la cure étant une relation privilégiée entre deux personnes, impliquant des affects, positifs et négatifs, -Ferenczi le souligne, se refusant dit-il à un amour feint– , il me semble que ces notions de transfert/contre-transfert dépassent les limites d’un état de projection d’un Adulte-Enfant vers un Adulte-Parent de substitution.

Il me paraît impératif, dans l’accompagnement, que se laissent vivre des sentiments réciproques, réels, actualisés, en résonances avec ceux du patient. Je ne perçois pas d’opposition dialectique entre ces deux notions de transfert et de contre-transfert, pas de sachant qui domine et d’apprenant qui se soumet, d’enfant qui projette et d’adulte qui contrôle, bien qu’on y trouve de cela.

Le contre-transfert ne se réduit pas à la compréhension des émotions et des conflits du patient, il est un partage entre deux personnes, d’affects et de sentiments. Dialogues d’Adulte à Enfant, d’Enfant à Adulte, d’Adulte à Adulte et …d’Enfant à Enfant.

Contrat entre deux personnes qui ressentent, qui décident implicitement de partager l’une et l’autre des sentiments, et quels que soient les arriérés infantiles que le patient a besoin de remettre en scène, au moment même où il « prend en lui » le thérapeute, dans un transfert positif, et au moment même où le thérapeute accepte ce patient là précisément, en cure, il y a déjà un choix d’objets,  « […] …objet investi libidinalement, c’est ce qu’il est d’emblée si c’est d’amour dont il s’agit à l’entrée de la cure… » selon les termes de Lacan,

et s’il y a « désir de l’analyste », il y a déjà, à mon avis, prégnance de son être dans la relation à deux, qui se forme.

Si, –je cite Ferenczi- ce dont les névrosés ont besoin, c’est d’être véritablement adoptés et qu’on les laisse pour la première fois goûter les béatitudes d’une enfance normale », ils ne peuvent l’être qu’avec un désir d’adoption, d’amour, sur lequel s’appuie le médecin et qui ne peut être feint ; S’il l’était il ne tiendrait pas sur le long terme.

Les sentiments du patient sont aussi réels qu’ils peuvent l’être, et si le désir se trompe parfois de destinataire, la cible n’est pas un placebo. Choisir le thérapeute comme objet d’amour momentané ne se réduit pas à de simples projections mises en jeu. La construction psychodynamique du patient le porte vers un choix d’objet qui lui appartient, qui lui est propre, antérieur à la rencontre, qui se dévoile sur celui qu’il choisit comme thérapeute avant même tout acte thérapeutique, et qui fait partie de sa personnalité.

Je reste consciente que ma vue sur ces concepts est plus en adéquation avec le dynamique émotionnelle qu’avec la psychanalyse.

En Dynamique Emotionnelle le transfert et le contre-transfert sont particulièrement utilisés en tant qu’outils.

La DE travaille sur les positions figées, sur les cadres de référence en inadéquation avec la réalité; lorsque des positions infantiles ont trop d’influence, ont pris des chemins qui entravent l’accès de la personne à son être et à son bonheur, le thérapeute pourra user de sa personnalité et de ses affects pour l’étayer, l’accompagner, l’aider à se construire un moi fort ; la technique active est souvent utilisée, plutôt indirectement à travers les mantras, qui révèlent au patient les positions inadaptées de son soi avec le monde, en étayage sur les valeurs humaines du thérapeute. Pour accomplir ce travail, le thérapeute va s’appuyer sur son contre-transfert qui va l’avertir des processus parallèles en jeu, des limites qu’il accepte… Mais ce contre-transfert est aussi l’amour qu’il accepte de ressentir et de poser sur le patient, (un amour-outil qu’il pourra « dé-poser » au moment adéquat, mais qui implique un niveau certain de développement personnel, afin de ne pas, dans la dynamique parentale qui s’est créée, dé-posséder le patient, en forme d’abandon brutal), amour sans lequel le travail serait stérile, vide, sans étayage possible alors que, comme le décrit Ferenczi à travers ses discours, certains patients en état de travail très régressifs ont besoin de maternages, de couvage.

J’opte pour la voie de Ferenczi, qui propose d’accorder de la tendresse et de l’amour au patient, pour lui permettre de se reconstruire et dans sa position narcissique et dans sa position à l’autre.

« Tant qu’elle m’identifiait à ses parents au cœur dur, la patiente répétait constamment ses réactions de défi » nous dit-il : en effet, tant que le relationnel n’a pas été créé, comment donner, montrer, accepter de réussir, nous adulte, là où enfant on a choisi « échouer » pour une bonne raison.

Et, ce me semble, ce relationnel est justement ce qui fait le contre transfert du thérapeute.

Retour