Thérapie émotionnelle

Dynamique Emotionnelle Exprimée, thérapie de groupe et individuelle – Paris, Lyon

Compulsion de répétition et état de stress post traumatique

Freud et la compulsion de répétition

Freud repère la compulsion de répétition comme un indice du travail (et une preuve) de l’inconscient en observant son petit-fils jouer avec une bobine qu’il jette et ramène. Ce jeu, observe-t-il, symbolise l’absence/présence de sa mère par deux signifiants paroliers (Fort/Da), et comportemental. Cependant, si ce jeu permet à l’enfant de surmonter symboliquement l’absence de la mère et lui apporte un renoncement pulsionnel, autant qu’il lui donne un rôle actif, l’enfant remet aussi en acte un événement désagréable qui en soi ne peut apporter aucun plaisir.

Dans la même perspective de recherche, Sigmund Freud note que les souvenirs des grands traumatisés de guerre leur reviennent sans cesse après la guerre, à travers des rêves ecménésiques et des reviviscences qui provoquent de grandes douleurs.

Par ailleurs, il note en séance, dans le transfert de la cure, que les patients remettent en jeu la répétition de leurs traumatismes anciens et refoulés, n’offrant pourtant que déplaisir et souffrance. Puis, que pour d’autres personnes sans névrose manifeste, les mêmes situations pénibles se répètent tout au long de leur vie sans qu’elles soient nettement voulues.

De ces situations, il conclue que si la répétition peut apporter des satisfactions, comme c’est le cas dans le jeu, il existe une compulsion de répétition qui n’en procure aucune, bien au contraire.

Mais cette constatation va à l’encontre de ses différentes théories selon lesquelles les comportements sont régis par un principe premier du fonctionnement de la vie psychique, le principe de plaisir.

Les hypothèses d’André Green : pulsions destructrices

Green traduit le concept freudien de pulsions de mort en pulsions destructrices, dont les représentations se sont détachées de l’affect, restant ainsi à l’état de ressentis purs.
(La compulsion de répétition tenterait elles de les lier ? Question en suspens…)

André Green[2] vient éclairer le présupposé de pulsions destructrices : pour Freud, rapporte-t-il, « la force de destruction est tournée vers l’intérieur. L’agressivité est défléchie vers l’extérieur mais elle dérive de cette force interne. […]. « Nés du sentiment d’impuissance, le paradoxe » nous dit Green, « c’est que c’est soi qu’il faudrait détruire pour supprimer les sentiments de désespoir et de détresse ».

Dans « Malaise dans la civilisation »[3], Freud écrit : « Que se passe-t-il en lui (l’homme) qui rende inoffensif son désir d’agression ? Une chose bien singulière. […] point n’est besoin de chercher loin pour la découvrir. L’agression est introjectée, intériorisée, mais aussi, à vrai dire, renvoyée au point même d’où elle était partie, en d’autres termes, retournée contre le propre Moi. Elle sera reprise par une partie de ce Moi, laquelle, en tant que « Sur- moi », se mettra en opposition avec l’autre partie. Alors, en qualité de ‘conscience morale’, elle manifestera à l’égard du Moi la même agressivité rigoureuse que le Moi eût aimé satisfaire contre des individus étrangers. La tension née entre le Surmoi sévère et le Moi qu’il s’est soumis, nous l’appelons ‘ sentiment conscient de culpabilité’ […] ».

Nous comprenons ce concept comme hypothèse de travail qui cherche à éclaircir les racines de la destructivité et de la violence, y compris celle qui paraitrait la plus « gratuite ».

La psychanalyse postule que nous intégrons et construisons les objets à l’intérieur de nous : nous nous identifions aux objets externes en nous appropriant de leur texture, qui devient texture de nous-même : l’idée conductrice de Green est qu’Eros a une fonction objectalisante, qu’il est créateur de liens et amène à la multiplication des relations d’objet. (Mais ainsi, l’Eros, pris comme représentant des pulsions de vie, pousserait à projeter sur l’autre les sentiments négatifs qui pourraient entrainer la mort, tout du moins psychique, du sujet.)

Quant aux pulsions de morts, qu’il nomme « pulsions destructrices » terme qui les replace dans un contexte plus facile à admettre, elles ont une fonction désobjectalisante : ces pulsions poussent à discréditer, à réduire à néant l’objet externe qui fût intériorisé ; l’autre, important pour nous, objet unique, s’il est désinvesti, perd toute la richesse qu’il avait acquise : il est délié à l’intérieur, délité. Tué fantasmatiquement. (Le terme de « cassée » dans le langage courant désigne bien la relation lorsqu’elle est rompue : le sujet à travers l’objet «  se casse » également ce me semble.)

Comment agissent ces pulsions, selon André Green ?

André Green, à la suite de Freud, nous propose sa vision des fonctionnements répétitifs, voire bloqués[4] qui se rencontrent chez certains sujets. Elle ne nous semble pas très éloignée des apports déjà faits en la matière, cependant voyons les :

Lors d’une situation traumatique, lorsque la décharge d’affect, c’est-à-dire l’expression émotionnelle, n’a pu se produire, l’affect restera lié au souvenir traumatique qui n’a pas pu être élaboré : « […] les représentations pathogènes n’ont pas subi l’usure normale par abréaction ou reproduction, avec circulation non entravée des associations ».

D’où l’importance du langage comme moteur de l’abréaction : « Le langage relie associativement le souvenir et l’événement comme il relie la charge coincée d’affect aux représentations », souligne l’auteur. Lorsque le sujet se coupe de ses représentations, lorsque le langage se dépouille de l’affect, de l’émotion « dans un processus de désobjectalisation », ces affects se mettent alors au service de « la pulsion de mort »…

La répétition en tentative de métabolisation ?

Nous entendons que l’impact de l’évènement perdure dans la psyché, sans métabolisation. Lorsqu’il n’y a pas eu mise en mot de l’évènement traumatique, l’affect n’est pas conscientisé ; sans la représentation il reste hors de la conscience et agit dans sa dimension perturbatrice comme si l’évènement se répétait sans fin.

Le cadre thérapeutique, en allant rechercher l’expression des émotions, permet l’abréaction ou, en d’autres termes, leur libération. « … le langage est en lui-même acte et décharge par les mots »[5] : l’affect, va se manifester verbalement et la représentation pathogène qui était restée bloquée et agissait masquée, va se modifier grâce à la voie associative qui la ramène vers le conscient en la liant (à des représentations, souvenirs images).

Le langage prend donc lieu d’acte grâce auquel l’abréaction peut se faire : pour qu’un événement saisissant ne devienne traumatique, l’affect et la représentation -liés au langage- doivent s’être « couplés ». Il ne s’agit pas seulement de parler pour être libéré d’un trauma, il s’agit de mettre en parole un événement en allant chercher l’émotion originaire qui y était liée et interdite de souvenir de par l’impact qui a agi sur le psychisme.

Pour Claude Le Guen[6],

toute représentation qui aurait été ‘rejetée’ conserve des traces effectives : « […] la représentation inconsciente refoulée demeure dans le système inconscient comme formation réelle, il n’y a donc pas au sens strict d’affect inconscient, comme il y a des représentations inconscientes. […] Les représentations sont des investissements fondés sur des traces mnésiques, tandis que les affect et sentiments correspondent à des processus de décharge dont les manifestations finales sont perçues comme sensation ».

L’approche de Daniel Sibony[7]

dans son étude sur la violence :

« Nous nions l’existence d’un instinct violent originaire, non pas au nom des pulsions ou d’une théorie sexuelle, mais parce que la violence, originaire ou pas, est l’effet d’un rapport à l’autre, plutôt que fondatrice d’un tel rapport. La violence est non pas dans l’origine mais dans le rapport récurrent à l’origine, qui concerne son partage, et le fait que c’est mal partagé de toutes façons ».

Idée qui nous rapprochent davantage de l’esprit de la DEE pour qui il n’y a pas de pulsions de mort mais des manifestations agressives.

[1] Freud au-delà du principe du plaisir

[2] André Green entretien, youtube,

[3] Sigmund Freud, Malaise dans la civilisation, 1929

[4] Cf. André Green « le Discours vivant » p.28, citant Freud, PUF, 1ere Ed. Quadrige 2004,

[5] Cf. André Green « le Discours vivant » p.28, citant Freud, PUF, 1ere Ed. Quadrige 2004

[6] Jacques Boushira L’affect Claude le Guen « des affects à l’angoisse dans l’œuvre freudienne » p16

[7] Daniel SIBONY, Violence, traversées, Editions du Seuil, collection La couleur des idées, 1998, Violence originelle

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